Tariq Ramadan : « je suis totalement innocent de ce dont on m’accuse »

Détenu depuis une trentaine de jours, Tariq Ramadan s'était exprimé avant son placement dans une vidéo au sujet de l'affaire des 2 premiers viols pour lesquels il est aujourd'hui en prison, en détention provisoire.
tariq ramadan je suis totalement innocent de ce dont on maccuse
Crédit d'image : Ouest France
Publié le 15 mars 2018, par Fatmiche | 22 h 54 min

Dans une vidéo publiée hier par nos confrères du MulimPost, on y découvre un message de Tariq Ramadan, détenu provisoirement depuis déjà plus d’un mois. Il s’était exprimé dans un discours de 10 minutes, toujours très structuré, peu avant sa détention. On ne sait pas encore pourquoi ce contenu est délivré seulement maintenant. Vous trouverez dans cet article l’intégralité du message de notre frère Tariq.

Début

« Bismillahi arrahmani arrhim (dit à voix basse, NDLR),

Bonjour, que la paix soit sur vous. Comme vous le savez depuis un mois je suis l’objet d’une campagne médiatique. On pourrait dire d’un lynchage médiatique en français avec les dommages collatéraux de la Belgique et de la Suisse romande où l’on m’accuse des pires agissements. On m’accuse de crime puisqu’il s’agit de viol.

J’aimerais commencer par dire ici que je suis totalement innocent de ce dont on m’accuse. Mais je ne vais pas rentrer dans la surenchère médiatique. Je ne vais pas répondre à la vindicte populaire que les médias entretiennent. Ces choses là ne se discutent pas dans les médias. Elle se discutent dans un tribunal, devant un juge et avec des avocats.

Nous saurons qui a dit la vérité qui, a menti et qui au fond est innocent

Je suis profondément confiant de l’évolution des investigations avec le temps de la justice. Le temps juridique est plus long que le temps médiatique. Nous saurons qui a dit la vérité qui, a menti et qui au fond est innocent. C’est avec beaucoup de sérénité que je fais face à ces accusations et à cette atmosphère aujourd’hui, qui est un peu irrationnel et dont on a l’impression que tout y devient permis.

J’aimerais dire aussi que parce que je lis sur des réseaux sociaux ici et là, que je ne pense pas en fait qu’il s’agisse d’un complot. C’est vrai qu’on avait entendu Jean-Claude Elfassi, ou qu’on avait entendu Metmati ou même Gilles Kepel des mois avant. Certains cherchaient des témoignages, d’autres proposaient de l’argent. Metmati proposait jusqu’à 3000 euros pour des témoignages. Donc quelque chose était là. Dans l’air, on me visait. On m’avait dans le collimateur. Mais ça, je l’ai toujours su, ce n’était pas nouveau.

Comme je suis le diable, la parole qui m’accuse et forcément la parole de l’ange

Je pense que dans le climat de la sphère Weinstein. Une femme qui tout à coup livre un nom et puis ceux qui m’ont toujours eu dans leur viseur, ce dont j’étais l’ennemi y ont vu une aubaine extraordinaire et s’y sont jetés tête baissée, en pensant « voilà on va le finir, on va le finir »… Ce sont des mots qu’on a lu sur Twitter et Facebook : « Il faut le finir Tariq Ramadan ». C’était une aubaine qui s’était présentée à eux.

Ce qui est tout à fait étonnant c’est que pas un journaliste en France, de Marianne à Médiapart en passant par Le Monde ou le Nouvel Observateur ne s’est arrêté en se disant : « Mais qui est cette femme ? Il faut quand même qu’on vérifie qui elle est, d’où viennent ces accusations là ». Et ça, c’est tout à fait sidérant, et on l’aurait fait pour n’importe. On l’a fait dans d’autres affaires et pour d’autres personnes. Comme je suis le diable, la parole qui m’accuse et forcément la parole de l’ange, une parole d’évangile.

Sur 3 dépositions, elle a 3 versions différentes.

C’est malheureux parce qu’on arrive même pas à se rendre compte que sur 3 dépositions, elle a 3 versions différentes. On ne sait rien de sa vie. Si on avait le minimum d’investigation, on se rendrait compte que les témoignages, les récidives, la situation personnelle sont tout à fait parlantes. Je parle pour la première personne.

Puis quant à la deuxième, le caractère totalement invraisemblable est illogique de ce qui est avancé de mes agissements n’est même pas mis en évidence. Parole d’évangile encore. Et donc le minimum du travail de journaliste n’a pas été fait. Au contraire, on s’est dit : « il faut qu’on en charge davantage sur l’accusé, sur Tariq Ramadan puisqu’il est le diable. Et on en a vu qui pensaient que j’étais à terre, qui ont continué à vouloir en rajouter, dont Médiapart qui tout à coup, ajoute une enquête vite fait pour pouvoir dire : « ah non, nous ne sommes pas les complices de l’homme ».

Vous savez en France, on a eu des des personnes qui sont le symbole d’une certaine dignité intellectuelle. Zola avait pris la plume pour défendre l’honneur de la France et de la justice. Mais on ne s’improvise pas Zola et n’est pas Zola qui veut. Certains vont prendre la plume pour sauver leur nom, leur personne voir leur journal. C’est ainsi. Il faut prendre cet acte avec tristesse mais en continuant sa route.

On a voulu donner une image de ma personne qui était celle d’un fou

Ce que j’aimerais mettre en évidence de ce point de vue là, c’est qu’on a voulu en me chargeant, donner une image de ma personne qui était celle d’un fou en fait, de quelqu’un de totalement déséquilibré. Et puis, sur 30 ans de ma vie, je ne l’aurait été que 2 fois et qu’en France. Toute ma vie à l’extérieur, partout dans le monde anglophone, dans le monde, en Afrique, personne. Pas de témoignage, rien du tout. Donc je suis géographiquement déséquilibré et linguistiquement même, puisque c’est en français que les choses se passent. C’est tout à fait étonnant quand même que personne ne soit alerté par par cela. Mais nous attendrons le temps de la justice et de la vérité.

Ce qui est le deuxième point de vue général de mon intervention est aussi comment le fait s’est déplacé. Cette affaire là n’a rien à voir avec l’islam. Même ceux qui disent qu’elle n’a rien à voir avec l’islam l’ont islamisée. Comme si je représentais l’islam. Une affaire privée qui était finalement l’islam et c’était l’idée : « Cet homme qui a de tels agissements rend ses idées totalement inacceptables. » Et puis, j’ai toujours regretté la surdité en France et tout à coup forcément, ça disqualifie une pensée, mais au nom de quoi ?

J’ai toujours été surveillé en France.

Finalement, on a joué l’antisémitisme contre l’islamophobie et une parole de l’islam. On en est arrivé à un débat totalement hystérique, totalement insensé, où l’irrationnel se dispute excusez moi, la bêtise, parfois d’un certain nombre de propos. Cela montre bien l’état de la France. C’est à dire que cela été presque un prétexte pour déplacer les choses. Et non seulement les journalistes l’ont fait, mais les politiques s’y sont engagés avec Manuel Valls qui se voyait confirmé dans ce qu’il avait toujours dit, et en reprochant à Médiapart d’avoir su et de ne pas l’avoir dit.

En fait Valls, il était Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, comme avant lui Sarkozy qui voulait me pulvériser. Ils auraient du savoir. J’ai toujours été surveillé en France, et ils ne savaient pas ? Donc c’est le journaliste qui doit savoir, et celui qui s’occupe des renseignement généraux et des affaires intérieures ne le savaient pas. Parce-que ça n’existait pas, mais il aurait dû lui-même le savoir. Donc il est même peut être plus coupable ou alors il y a un vrai problème avec la sécurité en France. Les citoyens ordinaires devraient se poser des questions sur l’état des renseignements si tel était le cas.

Encore une fois, on voit bien la surenchère et le prétexte. Et cela m’amène à dire, et c’est le troisième et dernier grand thème que je voulais aborder. J’ai beaucoup appris dans cette affaire là. J’ai appris sur les amis, les gens qui sont proches, les soutiens. J’ai aussi appris sur les ennemis, sur leur capacité à aller très loin, très bas au sens littéral dans leurs accusations, et à savoir comment se tenir.

A tous ceux qui ont pu répondre pour me défendre avec de l’insulte : non.

Ce que j’ai toujours défendu, je continuerai à le faire. Parce-que cela n’est pas une question de personne. C’est au-delà de ce que je représente et de ce que je suis. C’est une question de message et d’un engagement, presque d’une vision pour l’avenir, celle que j’ai toujours eu : la défense des femmes, la défense de leurs droits, l’égalité sociale, la lutte contre la violence, contre les mariages forcés, contre le droit au divorce, le droit en l’occurrence de porter plainte quand il y a violence ou harcèlement ou viol. C’est un combat que j’ai toujours mené et que je continuerai à mener.

La deuxième des choses que j’aimerai aussi partager avec vous et qui est dans le prolongement de ceci c’est que, à tous ceux qui ont pu répondre pour me défendre avec de l’insulte : non. N’entrons pas dans cela. L’insulte, la menace, le rejet, cela ne doit pas être notre façon de réagir à ceci. Il faut apaiser les choses. Il faut un débat qui soit un débat de fond, apaisé, sérieux et responsable. Car nous n’y arriverons pas d’un côté comme de l’autre si le rejet répond au rejet, l’insulte à l’insulte, l’émotivité et l’émotionnel, la controverse à la controverse. C’est le pire de ce qui peut arriver.

Et donc, c’est avec de la sagesse, de la pondération et avec une longue vue sur les choses que nous réussirons. Cela m’amène à dire ce à quoi je me suis toujours engagé depuis tellement d’années sur cette façon de dire : nous sommes citoyens, nous devons et nous allons arriver à faire en sorte de pouvoir vivre ensemble, de construire l’avenir ensemble. Parce-que le plus important n’est pas d’où tu viens, c’est où nous allons ensemble. Nos différences religieuses, qu’on soit athée, agnostique, hindou, bouddhiste, juif, chrétien, musulman ou quelque soit notre sentiment d’appartenance, il faut que nous construisons la société plurielle.

Alors cette affaire là, elle me conforte dans l’idée qu’il faut continuer, que la route est encore longue. Il y a tellement de surdité, d’incompréhension, de passion, que nous n’avons pas la sagesse que les sociétés pluralistes doivent nourrir pour que nous puissions vivre ensemble. Ce sera mon engagement au-delà de ma personne. Ce qui arrive ne fait que me conforter que ce message-là, cet engagement-là, est un impératif catégorique de nos sociétés plurielles.

Voilà, je vous demande et je vous rappelle de ne pas oublier de dire à ceux que vous aimez que vous les aimez. Cette vie est fragile. A bientôt s’il plaît à dieu et que la paix vous accompagne. »

Fin

jeu. 10 Sha'bane
الخميس 10 شعبان



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