Sénégal : une affaire de corruption à 10 milliards de dollars au sommet de l’Etat

Selon l'enquête de la BBC, le frère du président, l'ancien responsable national de Petro-Tim au Sénégal, a reçu de Timis un paiement forfaitaire de 250 000 dollars et un salaire mensuel de 25 000 dollars sur une période de 5 ans.
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Publié le 23 août 2019, par Samir | 12 h 04 min
Temps de lecture : 5 minutes

Fin juillet, le gouvernement sénégalais a fait savoir qu’il n’allait pas céder à la pression pour réviser les contrats énergétiques de l’État. Ceci malgré des protestations de plusieurs semaines et des appels de l’opposition et de la société civile à prendre des mesures contre la corruption à la suite d’un vaste scandale de corruption.

En effet, la BBC a publié en juin un documentaire alléguant l’irrégularité financière d’Aliou Sall, frère du président Macky Sall, dans le cadre d’un contrat énergétique frauduleux de 10 milliards de dollars avec l’entrepreneur Frank Timis, propriétaire de la société d’énergie Petro-Tim. Ce documentaire a attisé la colère à travers le pays.

La stratégie de Timis est simple et fonctionne. Elle consiste à traiter avec des présidents africains corrompus et leurs familles afin de remporter des offres ridiculement défavorables aux pays africains. Ces dernières années, l’Afrique de l’Ouest est devenue son terrain de prédilection. Timis aurait été lié à des accords miniers en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, au Nigéria et au Burkina Faso.

À l’instar d’autres histoires de corruption en Afrique, elle permet à des peuples comme Timis de tirer profit de l’impunité. C’est un malaise séculaire qui afflige le continent depuis que les puissances européennes se sont lancées dans la colonisation.

Qu’est-ce que l’extractivisme et son modèle économique ?

L’extractivisme est l’exploitation massive des ressources de la nature ou de la biosphère. La notion d’extractivisme est large et polysémique puisqu’elle désigne toutes les formes et tous les moyens d’exploitation industrielle de la nature.

Son modèle économique est basé sur la théorie populaire de ce qui est appelé à tort « la malédiction des ressources » selon laquelle les ressources naturelles pourraient être davantage une malédiction économique qu’une bénédiction, car les pays riches en ressources sont généralement moins développés que les pays avec moins de ressources naturelles.

En réalité, il n’existe pas de malédiction des ressources, il n’y a que des mauvais choix politiques, d’autant que les ressources viennent de Dieu et ne sont donc pas maudites. Les pays riches en ressources soutiennent le plus souvent des économies fortement dépendantes de l’extraction. C’est un modèle économique qui encourage le favoritisme étranger et les comportements de recherche de rente menant naturellement à la corruption.

L’extractivisme reste néanmoins le modèle économique le plus durable en Afrique. Le continent fournit au monde du cuivre et du cobalt, du pétrole et du gaz, des diamants et de l’or, du bois, du poisson, des artefacts et un patrimoine culturel. Le modèle non seulement draine des ressources mais bloque également la capacité de l’Afrique à créer des richesses, produire et développer. Il saigne à sec au détriment de ses populations déjà frappées par l’extrême pauvreté.

Les fondements de ce modèle ont été jetés pendant le colonialisme, lorsque les puissances impériales, par la conquête et la coercition, ont acquis des prérogatives de la souveraineté, allant de la perception d’impôts à la perception de droits de douane, en passant par la signature de traités et la justice. L’infrastructure d’extraction était un mécanisme mis au point par des sociétés à charte, telles que la British East Africa Company, précurseur des multinationales modernes. La cooptation d’une élite docile formée dans des écoles coloniales a permis de maintenir la loyauté envers les anciennes puissances coloniales au lieu d’une véritable décolonisation.

Les restes du colonialisme français en Afrique

En Afrique francophone, la France a également développé une infrastructure d’extraction. De la Côte d’Ivoire au Niger, du Gabon au Congo, la France a déployé un arsenal géopolitique basé sur des accords de défense secrets et un interventionnisme rétrograde. En réalité, un pacte post-colonial continue de régir les transactions franco-africaines. Ce pacte maintient la dépendance des États africains vis-à-vis de la France en instaurant un système dans lequel les premiers fournissent des ressources naturelles exclusivement au profit de la France métropolitaine et importe presque exclusivement des produits manufacturés à partir de ces derniers.

Cette configuration est entretenue par des mécanismes économiques, militaires et politiques qui ne sont soumis à aucun contrôle démocratique. L’un des symboles les plus en vue de l’impérialisme persistant en Afrique francophone est la coopération en francs CFA, un arrangement qui oblige ses membres d’Afrique occidentale et centrale à déposer 50% de leurs excédents en devises sur un compte d’opérations français en échange de devises.

Le maintien de dirigeants corrompus a toujours été une condition préalable à la poursuite des activités des puissances coloniales en Afrique. À ce jour, la France continue de faire tout ce qui est en son pouvoir, y compris le déploiement de ses forces armées, pour protéger les hommes forts corrompus de l’Afrique et leur accès aux ressources du continent.

Au cours des dernières décennies, la France a pris des mesures sans précédent pour protéger ses intérêts en Afrique, notamment en déployant des forces spéciales pour la protection des opérations minières d’une société française privée au Niger. Depuis 1960, l’armée française est intervenue plus de 40 fois en Afrique. Les interventions les plus récentes telles que les Opérations Serval et Barkhane au Mali et une mission de sauvetage pour sauver le président du Tchad d’un coup d’État témoignent du fait que la France se comporte toujours comme une puissance coloniale en Afrique.

Au Sénégal, les entreprises françaises exploitent pratiquement tous les services d’infrastructure, du port de Dakar (Bolloré) aux autoroutes (Eiffage), du système ferroviaire (Eiffage, SNCF, RATP, Alstom) à l’exploration pétrolière (Total). Macky Sall a fait du Sénégal un paradis pour les entreprises françaises. Ce faisant, il est devenu un ardent défenseur de l’ordre néocolonial français.

Cette infrastructure coloniale et cette politique extravertie permettent aux hommes d’affaires tels que Timis d’exploiter facilement les ressources du Sénégal. Il est facilement capable de faire des affaires en naviguant dans des réseaux de fonctionnaires corrompus qui ont déjà été conditionnés à donner des concessions à des étrangers en échange d’un profit personnel.

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